Berkeley Sobers

Points forts

Début de l'article

Quand une retouche est complexe, qu’un client a des attentes bien précises ou qu’un vêtement est trop précieux pour risquer une erreur, c’est à Berkeley Sobers que l’on fait appel chez Holt Renfrew.

À titre de superviseur des retouches chez l’un des plus importants détaillants de luxe au Canada, M. Sobers évolue dans l’univers hautement spécialisé de la couture de luxe. Il est reconnu pour son souci méticuleux du détail et sa capacité à remarquer ce qui échappe aux autres.

Qu’il doive reconstruire un complet après un changement de silhouette, corriger une retouche mal exécutée ou apporter de légers ajustements pour qu’un vêtement tombe parfaitement, il sait que l’art de la retouche exige autant de précision que de confort.

Jeunesse et Carrière

Berkeley Sobers

Berkeley Sobers est né à Belleplaine, dans la paroisse de Saint Andrew, à la Barbade. Son père, Jason Cecil Sobers, était menuisier; sa mère, Doris Kellman-Sobers, était couturière et femme au foyer. Sixième d’une famille de sept enfants, il avait trois frères et trois sœurs. Il a fréquenté la St. Andrew’s Boys’ School, puis la Metropolitan High School pendant un an avant de devoir quitter l’école pour des raisons financières.

Après son départ de l’école secondaire, son père l’a encouragé à apprendre un métier, plus précisément celui de tailleur. Son père et son frère étaient tous deux menuisiers, mais cette voie ne l’intéressait pas. Avant de choisir la couture, il a exploré plusieurs autres domaines, notamment l’entretien résidentiel, la restauration et l’immobilier.

Berkeley a appris les rudiments du métier auprès d’un tailleur de son quartier, M. Husband, du fils de ce dernier et de plusieurs aînés de la communauté. À l’atelier, il travaillait presque exclusivement sur des pantalons et touchait rarement à d’autres vêtements. Au bout de trois ans, il a voulu élargir ses compétences en travaillant sur différents types de vêtements.

« Je suis parti et j’ai commencé à travailler de chez moi et à apprendre par moi-même », se souvient-il. « Tout ce que je sais, je l’ai appris seul. » Il rit en repensant à tous les défis un peu fous qu’il s’imposait, comme confectionner des chemises et même des chaussures. Au début, il travaillait surtout sur des vêtements pour hommes. Puis, lorsqu’une femme de son quartier lui a demandé de lui confectionner une veste, il a relevé le défi et élargi son savoir-faire au-delà de la mode masculine.

En 1981, Berkeley a immigré seul au Canada et s’est établi à Joliette, au Québec, au nord-est de Montréal. Comme il ne parlait pas français à l’époque, il a choisi d’approfondir son métier de tailleur plutôt que de travailler en restauration, où la barrière de la langue aurait posé problème. « Je me suis dit que ce serait plus facile, puisque je n’aurais pas à parler aux clients », explique-t-il. Il s’est donc mis à la recherche d’un endroit où mettre ses compétences à profit.

Dès 1982, Berkeley travaillait à la Boutique 6622, puis à la Mercerie Caron. Il a ensuite été tailleur chez Bovet, à Repentigny, en banlieue de Montréal, où il est resté quelques années. Sans suivre de cours, il a aussi appris le français par lui-même.

Photo par courtesy de Berkeley Sobers, tailleur chez Bovet
Photo par courtesy de Berkeley Sobers, tailleur chez Bovet

Quand les autres tailleurs ont un problème, c’est à Berkeley que nous demandons de nous aider à le régler. Il peut parler de presque n’importe quoi avec les clients, parce qu’il maîtrise vraiment son métier.

Photo par courtesy de Berkeley Sobers

Lorsqu’un collègue de la boutique a quitté son poste pour se joindre à Holt Renfrew, il a encouragé Berkeley à faire de même. Après s’être laissé convaincre, Berkeley a saisi l’occasion et s’est joint à l’entreprise en 1999. Son collègue a fini par poursuivre sa route ailleurs, mais Berkeley est resté. Il cumule aujourd’hui 27 ans de carrière au service des retouches du magasin Holt Renfrew de Montréal.

Pour lui, Holt Renfrew, détaillant de luxe, représentait un milieu bien différent des boutiques indépendantes où il avait travaillé. « C’est une marque très haut de gamme; il faut donc aborder le travail avec encore plus de professionnalisme », a-t-il compris.

Les normes étaient élevées, et Berkeley s’est engagé à les respecter. « Quand je travaillais seul à la Barbade, je cousais peu à la main. Je faisais surtout des retouches à la machine. Chez Holt, je fais beaucoup plus de couture à la main; j’ai donc dû perfectionner mes techniques et ma façon de travailler », explique-t-il.

À sa grande surprise, Holt Renfrew n’offrait pas de retouches sur le cuir. Il a donc commencé à travailler lui-même cette matière. Selon Ligia Silva, qui dirige le service des retouches depuis 12 ans, Berkeley est le seul des 13 tailleurs du service à travailler le cuir. « Tous les pantalons et toutes les vestes en cuir, c’est sa spécialité », précise-t-elle.

« Quand les autres tailleurs ont un problème, c’est à Berkeley que nous demandons de nous aider à le régler, ajoute-t-elle. Il peut parler de presque n’importe quoi avec les clients, parce qu’il maîtrise vraiment son métier. »

Madame Silva se souvient d’un client qui avait perdu environ 20 livres et souhaitait faire ajuster tous les vêtements achetés l’année précédente à sa nouvelle silhouette. Il ne suffisait pas de reprendre quelques coutures. « Avec un changement aussi important, il fallait presque défaire toute la tenue et la refaire », explique-t-elle.

« C’est difficile, parce qu’avec des marques de luxe comme Cucinelli et Prada, il faut préserver soigneusement la construction d’origine, poursuit Silva. Berkeley y est arrivé. Bien sûr, cela a pris du temps, mais il a réussi à reproduire exactement le vêtement d’origine. »

Pour Berkeley, un bon tailleur doit écouter attentivement le client, tout en sachant quand le conseiller. Il respecte la vision de chacun, mais aborde chaque retouche avec l’assurance que lui donnent ses décennies d’expérience. « Il faut parfois amener le client à comprendre certaines choses », dit-il, surtout lorsque sa demande est irréalisable ou ne donnera pas le résultat souhaité. L’objectif n’est pas « d’imposer son idée, mais d’en faire valoir les avantages ».

Ligia estime aussi que la tenue de Berkeley inspire confiance aux clients. « Il porte toujours un complet et il est toujours élégant, souligne-t-elle. Il a déjà l’allure qu’il faut, ce qui rassure particulièrement notre clientèle d’affaires. »

Berkeley a toujours porté attention à l’allure et au mouvement. Il a même suivi des cours de danse sociale au Studio 2720, à Montréal, afin d’améliorer sa posture et de mieux comprendre la façon dont le corps bouge. Cette sensibilité, jumelée à son calme et à sa maîtrise de l’anglais et du français, renforce la confiance des clients envers son expertise.

Mode et Diversité

À ses débuts chez Holt Renfrew, Berkeley était le seul tailleur noir du service. Il y avait alors peu d’autres personnes racisées, et bon nombre des tailleurs venaient d’Europe, notamment d’Espagne, d’Italie et du Portugal. Aujourd’hui, il constate que l’équipe qui l’entoure est beaucoup plus diversifiée. « Il y a davantage de diversité qu’à mon arrivée », affirme-t-il.

À ses yeux, le métier de tailleur mérite d’être reconnu comme une profession spécialisée à part entière, et non comme un simple travail effectué en coulisses. La création de mode est souvent mise à l’honneur, tandis que la couture est négligée, même si elle joue un rôle essentiel dans la confection et l’ajustement des vêtements.

« On peut vouloir devenir designer sans même savoir coudre un bouton correctement », fait-il remarquer. Pour Berkeley, le métier de tailleur est un art indispensable à l’industrie de la mode. « Un designer aura toujours besoin d’un tailleur. »

Après plusieurs décennies dans l’industrie, il connaît non seulement la valeur de ce métier, mais aussi la stabilité et les possibilités d’emploi durables qu’offrent la couture et les retouches.

Influence et Héritage

Berkeley Sobers, superviseur des modifications, Holt Renfrew

Selon Ligia, Berkeley lui a d’abord paru « très réservé, toujours dans son coin et profondément concentré sur son travail. Mais en apprenant à le connaître, j’ai découvert qu’il adore transmettre son savoir et partager avec les autres ce qu’il a appris. »

Même si la couture demeure au cœur de son travail, Berkeley joue aujourd’hui un rôle important de mentor au sein du service. « Pendant les essayages, les tailleurs viennent lui demander conseil. Il est devenu une personne-ressource de confiance pour toute l’équipe », ajoute Ligia.

Dans le monde de la couture, certains protègent jalousement leur savoir-faire, qu’il s’agisse de leurs techniques, de leurs astuces ou de leur style personnel. Ce n’est pas le cas de Berkeley : il partage volontiers ce qu’il sait et transmet avec générosité les compétences acquises au fil des décennies à toute personne désireuse d’apprendre. « J’ai des connaissances, alors je les transmets. Je les partage avec tous ceux qui veulent apprendre », dit-il.

Berkeley accompagne aussi les plus jeunes en leur montrant des techniques traditionnelles, tout en les encourageant à expérimenter : « Si vous voulez essayer d’autres méthodes, allez-y. »

Après plusieurs décennies dans l’industrie, il connaît non seulement la valeur de ce métier, mais aussi la stabilité et les possibilités d’emploi durables qu’offrent la couture et les retouches.

Jean Cobein représente Canali, l’une des grandes maisons italiennes de mode masculine de luxe, chez Holt Renfrew depuis quatre décennies. Témoin du talent de Berkeley, il lui confie ses clients les plus difficiles. « Il sait comment les prendre, explique M. Cobein. Il trouve des solutions à leurs problèmes et porte attention au moindre détail du vêtement. Maintenant, mes clients ne veulent être servis que par lui. »

Lorsqu’un client est insatisfait du travail d’un autre tailleur, Jean fait appel à Berkeley. « Mon premier réflexe, c’est d’appeler Berkeley. J’appelle le meilleur tailleur qui soit. Il arrive, règle le problème et le client repart très heureux. »

Sa directrice et ses collègues soulignent souvent sa capacité à comprendre les besoins des clients et à y répondre. Grâce à sa patience et à son écoute, ceux-ci se sentent véritablement entendus et compris.

« Il remarque des choses que les autres tailleurs ne voient pas, affirme Jean Cobein. Nous travaillons avec des vêtements de luxe haut de gamme, dont des complets qui coûtent de 2 000 $ à 10 000 $. Les clients veulent donc qu’ils leur aillent parfaitement. Berkeley sait comment y arriver. Peu de tailleurs à Montréal possèdent ses compétences. »

De ses débuts autodidactes à la Barbade à son statut de tailleur incontournable chez Holt Renfrew, Berkeley a bâti une carrière guidée par l’instinct et la rigueur. Les compétences qu’il a perfectionnées pendant ses 44 années de métier lui permettent de savoir ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et comment aider chaque client à se sentir bien et en confiance dans ses vêtements.

Au bout du compte, il estime que son héritage réside dans les personnes qu’il a servies et celles avec qui il a travaillé. « Mon héritage, ce sont mes clients et mes collègues. »

Archives d’images à BFC :

Nayant suivi aucune formation officielle de tailleur, il s'est ié à son instinct, à son savoir-faire et à son sens aigu du détail.

Nayant suivi aucune formation officielle de tailleur, il s'est ié à son instinct, à son savoir-faire et à son sens aigu du détail.

NomBerkeley Winton SobersDate de naissance12 septembre 1954Lieu de naissanceBelleplaine, Saint Andrew, BarbadeOrigine ethniqueBarbadienneProfessionsHôtelier, Tailleur, Responsable des modificationsPartager ceci
Go to Top
0
Lisez les commentaires et donnez votre avis !x